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Journée 27
1946, 04
{1}

COLONEL AMEN: J’aimerais appeler comme témoin à charge Walter Schellenberg.

(Le témoin Schellenberg est introduit.)
{2}

LE PRÉSIDENT: Votre nom est-il bien Walter Schellenberg ?

{3}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je m’appelle Walter Schellenberg.

{4}

LE PRÉSIDENT: Voulez-vous répéter ce serment : « Je jure devant Dieu tout-puissant et omniscient de dire toute la vérité, de ne celer ni n’ajouter rien. »

(Le témoin répète le serment.)
{5}

COLONEL AMEN: Voulez-vous parler lentement et laisser un temps entre les questions et les réponses. Où êtes-vous né ?

{6}

TÉMOIN SCHELLENBERG: À Sarrebruck.

{7}

COLONEL AMEN: Quel âge avez-vous ?

{8}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Trente-cinq ans.

{9}

COLONEL AMEN: Vous étiez membre de la NSDAP ?

{10}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Oui.

{11}

COLONEL AMEN: Et des SS ?

{12}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Oui, des SS aussi.

{13}

COLONEL AMEN: Et des Waffen SS ?

{14}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Et des Waffen SS également.

{15}

COLONEL AMEN: Et du SD ?

{16}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Et du SD.

{17}

COLONEL AMEN: Quel était le poste le plus élevé que vous ayez occupé ?

{18}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Le rang le plus élevé que j’ai eu était celui de SS Brigadeführer dans les SS et de Generalmajor de Waffen SS.

{19}

COLONEL AMEN: Vous étiez chef de l’Amt VI ?

{20}

TÉMOIN SCHELLENBERG: J’étais chef de l’Amt VI et du bureau militaire.

{21}

COLONEL AMEN: Pendant combien de temps ?

{22}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je fus nommé chef intermédiaire de l’Amt VI en juillet 1941, et titularisé en juin 1942.

{23}

COLONEL AMEN: Décrivez brièvement les fonctions de l’Amt VI du RSHA.

{24}

TÉMOIN SCHELLENBERG: L’Amt VI était le service secret politique du Reich et travaillait en principe à l’étranger.

{25}

COLONEL AMEN: Avez-vous connaissance d’un accord entre l’OKW, l’OKH et le RSHA, concernant l’utilisation des Einsatzgruppen et Einsatzkommandos dans la campagne de Russie ?

{26}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Fin mai 1941, des entretiens eurent lieu entre le chef de la Police de sûreté et le général Wagner, quartier-maître général.

{27}

COLONEL AMEN: Et qui ?

{28}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Le quartier-maître général de l’armée de terre, le général Wagner.

{29}

COLONEL AMEN: Avez-vous personnellement assisté à ces conférences ?

{30}

TÉMOIN SCHELLENBERG: J’ai rédigé le procès-verbal de la conférence finale.

{31}

COLONEL AMEN: Nous avez-vous donné les noms de toutes les personnes présentes à ces conférences ?

{32}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Ces entretiens eurent lieu principalement entre l’Obergruppenführer Heydrich, alors chef de la Police de sûreté et du SD, et le quartier-maître général de l’Armée.

{33}

COLONEL AMEN: D’autres personnalités assistèrent-elles à ces négociations ?

{34}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Pendant les négociations, non, mais d’autres personnes prirent part à une réunion, plus tard.

{35}

COLONEL AMEN: Et ces négociations eurent-elles pour résultat la signature d’un accord ?

{36}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Un accord écrit fut conclu.

{37}

COLONEL AMEN: Étiez-vous présent à la signature de cet accord ?

{38}

TÉMOIN SCHELLENBERG: J’étais présent puisque j’ai rédigé le procès-verbal et j’ai vu signer ces deux personnes.

{39}

COLONEL AMEN: Par qui fut signé cet accord ?

{40}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Il fut signé par le chef de la Sicherheitspolizei, à l’époque le SS Gruppenführer Heydrich, et par le général Wagner, quartier-maître général de l’armée de terre.

{41}

COLONEL AMEN: Savez-vous où se trouve aujourd’hui l’original de cet accord, ou une copie ?

{42}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Non, je ne peux pas le dire, je n’en sais absolument rien.

{43}

COLONEL AMEN: Mais vous connaissez le contenu de cet accord écrit ?

{44}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Oui, je peux me souvenir de l’essentiel.

{45}

COLONEL AMEN: Autant que vous vous en souveniez, pouvez-vous dire exactement au Tribunal ce que contenait cet accord écrit ?

{46}

TÉMOIN SCHELLENBERG: La première partie de cet accord commençait par la notification d’un ordre de base du Führer. Il y était dit à peu près ce qui suit :

« Pour assurer la sécurité des troupes combattantes dans la campagne que nous allons entreprendre en Russie, il faut tout mettre en jeu pour garantir les arrières. Il ressort de cette décision que toute résistance doit être brisée, par n’importe quel moyen. Pour soutenir les troupes combattantes, la Police de sûreté et le SD devront participer à ces mesures. »

Si je me souviens bien, on donna comme exemple précis d’objectifs la protection des routes stratégiques importantes pour le ravitaillement qu’on appelait « Rollbahnen ».

{47}

COLONEL AMEN: Vous souvenez-vous d’autres stipulations de cet accord ?

{48}

TÉMOIN SCHELLENBERG: La seconde partie de cet accord traitait de l’organisation des groupes d’armées…

{49}

COLONEL AMEN: Que disait-on à ce sujet ?

{50}

TÉMOIN SCHELLENBERG: … et de l’organisation correspondante des Einsatzkommandos et des Einsatzgruppen de la Police de sûreté et du SD. On distinguait quatre zones différentes. Je me souviens qu’elles étaient les suivantes : 1° La zone du front ; 2° La zone des opérations, subdivisée en une zone des armées et une zone des arrières ; 3° La zone des arrières de l’armée de terre ; 4° La zone d’administration civile, groupant les commissariats du Reich.

Pour ces différentes zones, on régla d’une façon précise les questions de hiérarchie et de commandement. Dans la zone du front ou la zone de combat, les Einsatzkommandos de la Police de sûreté et du SD dépendaient de l’Armée du point de vue tactique et service, c’est-à-dire qu’ils étaient complètement sous les ordres de l’Armée.

Dans les zones d’opération, ils ne dépendaient de l’Armée que pour les questions de service. Il en était de même pour la zone des arrières de l’armée de terre. Dans les zones d’administration civile prévues (commissariats du Reich), on devait appliquer au point de vue du commandement et de la hiérarchie, les mêmes règles que sur le territoire du Reich.

Dans une troisième partie de cet accord, il était dit ce qu’il fallait entendre par « tactique » et « service », ou, plus exactement, seul le mot de « service » était expliqué en détail.

On entendait par « service » ce qui touchait à la subordination aux organismes de l’Armée pour la discipline et le ravitaillement. Il était indiqué dans une mention spéciale que cette subordination de service concernait toutes les questions de ravitaillement, surtout le ravitaillement en essence et en vivres, et la disposition des moyens de transmission.

{51}

COLONEL AMEN: Vous avez dit maintenant tout ce dont vous vous souvenez sur cet accord ?

{52}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Oui, je ne puis rien me rappeler d’autre sur le contenu de cet accord.

{53}

COLONEL AMEN: Monsieur le Président, c’est tout.

{54}

LE PRÉSIDENT: Le Ministère Public anglais a-t-il quelque question à poser ?

{55}

SIR DAVID MAXWELL-FYFE (Procureur Général adjoint britannique)Non.

{56}

LE PRÉSIDENT: Le Ministère Public soviétique a-t-il quelque question à poser ?

{57}

COLONEL POKROVSKY: Non.

{58}

LE PRÉSIDENT: Le Ministère Public français a-t-il quelque question à poser ?

(Pas de réponse.)
{59}

LE PRÉSIDENT: Les avocats désirent-ils poser des questions ?

{60}

Dr KAUFFMANN: Est-il exact que le Dr Kaltenbrunner ait été votre chef ?

{61}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Le Dr Kaltenbrunner était mon supérieur immédiat.

{62}

Dr KAUFFMANN: Jusqu’à quand ?

{63}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Du 30 janvier 1943 jusqu’à la fin.

{64}

Dr KAUFFMANN: Connaissez-vous ses idées sur les problèmes essentiels du national-socialisme, par exemple, la question du traitement des Juifs, la question des Églises ?

{65}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je n’ai jamais eu l’occasion de parler avec lui de ces questions. L’image que je peux me faire de lui ne repose que sur des observations personnelles et fragmentaires.

{66}

Dr KAUFFMANN: Avez-vous vu des ordres personnels de Kaltenbrunner ayant trait à des exécutions de saboteurs, à des incarcérations dans les camps de concentration, etc. ?

{67}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Non, je n’ai entendu sur ce point que des ordres oraux qu’il donnait au chef de la Police d’État, le chef de l’Amt IV du RSHA.

{68}

Dr KAUFFMANN: Kaltenbrunner a-t-il fait un jour devant vous une allusion quelconque au fait qu’il s’était entendu avec Himmler pour que toutes les tâches relatives aux camps de concentration, les réalisations matérielles, fussent enlevées à sa compétence ; seul le SD lui aurait été confié en tant que service de renseignements ; il l’aurait réorganisé afin de remédier à l’absence de sens critique qui caractérisait les autres services ?

{69}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je n’ai jamais entendu parler d’un tel accord ; les faits dont j’ai été témoin semblent prouver le contraire.

{70}

Dr KAUFFMANN: Maintenant, puisque vous m’avez répondu de façon négative, je dois vous demander, pour préciser cette question, à quels faits vous faites allusion ?

{71}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Par exemple, après que j’eus obtenu du Reichsführer avec beaucoup de difficultés que les camps de concentration ne fussent pas évacués, Kaltenbrunner, en contact direct avec Hitler, a passé outre à cet ordre de Himmler et a renié un engagement international.

{72}

Dr KAUFFMANN: Y avait-il à ce sujet des décisions internationales se rapportant à des lois déjà existantes ou à des accords internationaux ?

{73}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je voulais dire que si, par l’entremise de certaines personnalités internationales, le Reichsführer SS alors en fonctions avait promis aux autorités officielles alliées que les camps de concentration ne seraient pas évacués en raison de la situation désastreuse, on était lié par cette parole.

{74}

Dr KAUFFMANN: Que voulez-vous dire par « évacuation » ?

{75}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je veux dire vider les camps de concentration avant l’arrivée des troupes ennemies et les transporter dans des régions de l’Allemagne non encore occupées par les troupes ennemies.

{76}

Dr KAUFFMANN: Quelle était votre opinion personnelle ?

{77}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Qu’on ne devait plus évacuer ces camps, car la simple humanité l’interdisait.

{78}

Dr KAUFFMANN: Que les camps devraient par conséquent être remis à l’ennemi qui approchait ?

{79}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Oui.

{80}

Dr KAUFFMANN: Saviez-vous que votre activité pouvait également contribuer à faire du mal à beaucoup d’êtres innocents ?

{81}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Pouvez-vous répéter cette question ? Je ne l’ai pas comprise.

{82}

Dr KAUFFMANN: Avez-vous une fois réfléchi au fait que votre propre activité et celle de vos collaborateurs pouvaient infliger des souffrances à une grande quantité de personnes, disons des Juifs, alors que ces personnes étaient innocentes ?

{83}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je ne peux pas m’imaginer que mon activité officielle pouvait avoir de telles conséquences. J’avais uniquement un service d’information.

{84}

Dr KAUFFMANN: Votre service d’information n’avait donc rien à voir avec de tels crimes ?

{85}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Non.

{86}

Dr KAUFFMANN: Alors, sur ce point, Kaltenbrunner ne pourrait pas non plus être accusé ?

{87}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Si, car il était en même temps chef de l’Amt IV de la Police d’État.

{88}

Dr KAUFFMANN: J’ai dit « sur ce point », voulant ainsi penser à votre service.

{89}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je ne représente que le service de l’Amt VI et l’Amt militaire.

{90}

Dr KAUFFMANN: Mais Kaltenbrunner était également le chef de l’Amt VI ?

{91}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Il était le chef du RSHA et de huit bureaux que vous devez connaître. J’en dirigeais moi-même un ou deux, l’Amt VI et l’Amt militaire. Ces deux services n’avaient rien à voir avec les services exécutifs de la Police d’État.

{92}

Dr KAUFFMANN: Si votre service…

{93}

LE PRÉSIDENT: Si je vous ai bien compris, vous avez dit que vous étiez dans une section qui n’était qu’un bureau d’information. Est-ce exact ?

{94}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Oui.

{95}

LE PRÉSIDENT: Et Kaltenbrunner était votre supérieur immédiat. C’est bien cela ?

{96}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Kaltenbrunner était le chef du Reichssicherheitshauptamt.

{97}

LE PRÉSIDENT: Il était le chef, non seulement de votre secteur, mais de toute l’organisation ?

{98}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Oui, c’est cela.

{99}

Dr KAUFFMANN: Je me réserve de poser ultérieurement des questions à ce témoin, après avoir conféré avec Kaltenbrunner.

{100}

Dr KUBUSCHOK (avocat de l’accusé von Papen): Témoin Schellenberg, étiez-vous à Ankara en 1943, et avez-vous, à cette occasion, fait une visite à l’ambassade d’Allemagne ?

{101}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Oui.

{102}

Dr KUBUSCHOK: Avez-vous, lors de cette visite, critiqué la politique étrangère de l’Allemagne à plusieurs points de vue et avez-vous, à cette occasion, mentionné qu’il fallait absolument nouer de meilleures relations avec le Saint-Siège ? Et la réponse de M. von Papen n’a-t-elle pas été la suivante : « Cela ne sera possible que si, à la suite de toutes les demandes que j’ai constamment formulées, la politique religieuse change complètement et si la persécution des Églises cesse » ?

{103}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Oui, c’est exact et j’ai parlé moi aussi en ce sens à l’ambassadeur de l’époque, von Papen.

{104}

Dr ALFRED THOMA (avocat de l’accusé Rosenberg):

Vous avez dit tout à l’heure que, dans le territoire dépendant de l’Administration civile, les régies de subordination et de commandement étaient celles du Reich ?

{105}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Oui, elles devaient être applicables.

{106}

Dr ALFRED THOMA: Je voudrais que vous répondiez encore une fois à ma question.

{107}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je peux répéter que j’ai rapporté l’accord selon lequel, dans les zones prévues pour l’Administration civile ou dans les commissariats du Reich, les rapports de hiérarchie et de commandement de l’armée avec la Police de sûreté et avec le SD devaient être exactement les mêmes que dans le Reich.

{108}

Dr ALFRED THOMA: Savez-vous quelle en fut l’application pratique ?

{109}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Non ; plus tard, je ne me suis plus occupé de ces questions.

{110}

Dr ALFRED THOMA: Merci.

{111}

M. BABEL: Témoin Schellenberg vous étiez membre des SS et du SD et occupiez des fonctions élevées…

{112}

LE PRÉSIDENT: Voulez-vous indiquer l’organisation que vous représentez, afin que ce soit consigné au procès-verbal ?

{113}

M. BABEL: Je représente les organisations des SS et du SD. (Au témoin.) Au RSHA, il y avait aussi une section de la Police de sûreté et du SD. Quelles étaient les relations entre ces deux services et quels étaient les buts du SD ?

{114}

TÉMOIN SCHELLENBERG: C’est une question à laquelle je ne peux répondre en une seule phrase.

{115}

M. BABEL: Peut-être puis-je réserver cette question pour l’instant et vous demander quelque chose de plus précis. S’est-on servi du SD à l’Est, dans quelle mesure et avec quelles tâches ?

{116}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je crois que le gros du personnel utilisé à l’Est était fourni par la Police de sûreté, c’est-à-dire par la Police d’État et la Police criminelle, et que le SD ne donnait que des contingents supplémentaires.

{117}

M. BABEL: Quels étaient les effectifs de ces contingents et quels étaient les effectifs du SD ?

{118}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je crois que je peux établir un rapport approximatif. Sans les forces féminines, la Police d’État : environ 40.000 à 45.000 ; la Police criminelle : 15.000 à 20.000 ; le SD intérieur, c’est-à-dire l’Amt III, avec ses subdivisions, de 2.000 à 2.500 ; le SD, service à l’étranger, donc mon service de l’Amt VI, 400 environ.

{119}

M. BABEL: Comment le SD a-t-il été utilisé à l’Est avec les Einsatzgruppen ?

{120}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je ne peux pas le dire en détail car c’était une affaire des services du personnel qui dépendaient des instructions directes du chef de la Police de sûreté.

{121}

M. BABEL: Dans les chiffres que vous venez d’énumérer, comprenez-vous seulement les membres masculins du SD, ou bien les femmes auxiliaires sont-elles également incluses ?

{122}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Non, je n’ai parlé que des hommes, les femmes ne sont pas comprises dans les chiffres mentionnés.

{123}

M. BABEL: Hier, un témoin nous a donné ce même chiffre approximatif de 3.000, mais il croyait que les femmes étaient comprises.

{124}

TÉMOIN SCHELLENBERG: J’ai bien donné un chiffre de 2.000 à 2.500 personnes pour le SD à l’intérieur.

{125}

M. BABEL: Qu’était l’organisation des Waffen SS ?

{126}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je ne peux pas parler de cette organisation en détail, car je ne me suis jamais occupé de cette question.

{127}

M. BABEL: Étiez-vous membre des Waffen SS et du SD ?

{128}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je fus incorporé dans les Waffen SS seulement en janvier 1945, pour ainsi dire, par ordre supérieur, car on voulait me faire conférer un grade militaire par l’Amt militaire, étant donné que des éléments importants d’unités militaires étaient sous mes ordres.

{129}

M. BABEL: Savez-vous si cela a été fait dans de larges proportions pour d’autres cas ?

{130}

TÉMOIN SCHELLENBERG: La question me dépasse.

{131}

M. BABEL: Merci.

{132}

COLONEL AMEN: Connaissez-vous des cas spéciaux où Kaltenbrunner aurait donné l’ordre d’évacuation d’un camp de concentration contre les désirs de Himmler ?

{133}

TEMOIN SCHELLENBERG: Oui.

{134}

COLONEL AMEN: Voulez-vous en parler au Tribunal ?

{135}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je ne me souviens plus de la date exacte, mais je crois que cela se passa environ au début d’avril 1945. Le fils de l’ancien Président de la Confédération Helvétique Muesi qui avait ramené son père en Suisse, retourna en voiture au camp de Buchenwald pour y prendre personnellement une famille juive que je venais de libérer. Il a vu ce camp en pleine évacuation et dans les conditions les plus indignes. Comme, trois jours auparavant, il avait ramené son père en Suisse avec la promesse définitive que les camps ne seraient pas évacués – cette déclaration avait également été adressée au général Eisenhower – il fut doublement déçu de ce manque de parole. Le fils Muesi vint personnellement me voir dans mon bureau. Il était profondément offensé et m’a fait les reproches les plus amers. Je ne comprenais pas cette affaire ; aussi je me mis immédiatement en rapport avec le secrétaire de Himmler, en protestant contre cette façon d’agir. Peu de temps après, on m’a répondu que la relation de cette affaire par le fils Muesi était exacte, mais qu’on ne savait pas du tout comment cela s’était produit, car Himmler n’avait pas donné ces ordres. On m’a donné l’assurance que l’évacuation serait immédiatement suspendue par tous les moyens. Himmler m’a confirmé la chose personnellement quelques heures plus tard, par téléphone. Je crois que le jour même, après une conférence des chefs de service, j’ai informé Kaltenbrunner de la situation et je lui ai parlé du grand souci que me causait cette nouvelle violation de promesses internationales. Comme je m’arrêtais de parler, le chef de la Police d’État, Müller, déclara que c’était sur l’ordre de Kaltenbrunner qu’il avait commencé trois jours auparavant l’évacuation des détenus les plus marquants des différents camps. Kaltenbrunner répliqua textuellement :

« Oui, c’est exact. Il s’agit d’un ordre du Führer, qui m’a été confirmé récemment par le Führer lui-même. Tous les détenus de marque, d’après ses instructions, doivent être évacués vers le sud du Reich. »

Puis il se tourna vers moi et me dit d’un ton moqueur, en dialecte :

« Dites à votre vieux monsieur – il s’agissait de M. Muesi père – qu’il en restera bien assez dans les camps. Vous aussi, vous serez satisfait. »

Je crois que c’était le 10 avril 1945.

{136}

COLONEL AMEN: C’est tout, Monsieur le Président.

{137}

GÉNÉRAL NIKITCHENKO: Pouvez-vous aussi nous dire quelles étaient les tâches de l’Office central de la Police de sûreté (RSHA) ?

{138}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je ne peux pas répondre en une seule phrase. Je crois…

{139}

GÉNÉRAL NIKITCHENKO: Soyez bref. Soyez bref. Quels en étaient les buts ?

{140}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Le RSHA était un organisme groupant les services de la Police de sûreté, c’est-à-dire la Police d’État.

{141}

GÉNÉRAL NIKITCHENKO: Nous connaissons déjà cette organisation d’après les documents qui ont été soumis au Tribunal. Mais quelles en étaient les fonctions ?

{142}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je voulais justement parler de ces fonctions. Elles étaient celles d’une Police de sûreté, c’est-à-dire d’une Police d’État, d’une Police criminelle, d’un service de renseignements à l’intérieur et d’un service de renseignements à l’étranger.

{143}

GÉNÉRAL NIKITCHENKO: Donnerait-on un résumé exact en disant que ces fonctions consistaient à supprimer les gens qui se révélaient des adversaires du parti nazi ?

{144}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Non, je crois que cette formule ne présente qu’un aspect.

{145}

GÉNÉRAL NIKITCHENKO: Mais cela faisait partie de ses fonctions ?

{146}

TÉMOIN SCHELLENBERG: C’était peut-être une partie de l’activité de la Police d’État.

{147}

GÉNÉRAL NIKITCHENKO: Cette partie des fonctions a-t-elle été modifiée à partir du moment où Kaltenbrunner a pris son poste ?

{148}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Non, rien n’a été modifié.

{149}

GÉNÉRAL NIKITCHENKO: Ces fonctions dont vous parlez en ce moment ont-elles changé à partir du moment où Kaltenbrunner a pris son poste de chef de la Police de sûreté ?

{150}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Les fonctions, telles que je les ai formulées, n’ont pas changé après que Kaltenbrunner eût pris son poste.

{151}

GÉNÉRAL NIKITCHENKO: J’ai encore une question à vous poser. Quelles étaient les tâches des Einsatzgruppen qui avaient été créées sur la base des accords conclus entre le Service de sécurité et le Haut Commandement ?

{152}

TÉMOIN SCHELLENBERG: La première partie de l’accord dont j’ai déjà parlé ici, déterminait la tâche à remplir qui était d’assurer la sécurité de l’arrière des troupes et de briser toute résistance par tous les moyens.

{153}

GÉNÉRAL NIKITCHENKO: De réprimer, de briser la résistance ?

{154}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Il était dit textuellement « briser toute résistance par tous les moyens ».

{155}

GÉNÉRAL NIKITCHENKO: Par quels moyens ?

{156}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Ce ne fut ni mentionné ni discuté lors de cet accord.

{157}

GÉNÉRAL NIKITCHENKO: Mais vous savez quels moyens ont été employés, n’est-ce pas ?

{158}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Plus tard, j’ai entendu dire que, par suite de l’âpreté de la lutte, les moyens choisis se sont révélés également très brutaux. Je ne sais que par ouï-dire.

{159}

GÉNÉRAL NIKITCHENKO: Et en précisant, qu’est-ce que cela veut dire ?

{160}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Cela signifie que, dans les combats de partisans et dans les rencontres avec la population, il y eut de nombreuses exécutions.

{161}

GÉNÉRAL NIKITCHENKO: D’enfants également ?

{162}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je n’en ai pas entendu parler.

{163}

GÉNÉRAL NIKITCHENKO: Vous n’en avez pas entendu parler ?

(Aucune réponse.)
{164}

GÉNÉRAL NIKITCHENKO: C’est tout.

{165}

SIR DAVID MAXWELL-FYFE: Depuis que Votre Honneur m’a demandé si j’avais des questions à poser, j’ai reçu encore quelques renseignements et je serais reconnaissant au Tribunal de m’autoriser à poser quelques questions. (Se tournant vers le témoin.) Pouvez-vous vous souvenir d’un entretien qui eut lieu entre Kaltenbrunner, le Gruppenführer Nebe et le Gruppenführer Müller, au printemps de 1944, à Berlin, au 102 de la Wilhelmstrasse ?

{166}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Oui.

{167}

SIR DAVID MAXWELL-FYFE: Quel fut le sujet de cet entretien ?

{168}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Sans avoir participé personnellement à cet entretien, je pus le saisir fugitivement ; il s’agissait de motiver après coup l’exécution d’environ 50 prisonniers de guerre américains et anglais. Je me souviens de ce détail que la Croix-Rouge internationale s’était sans doute informée du sort de ces 50 prisonniers. Cette demande de la Croix-Rouge internationale avait été évidemment transmise par les Affaires étrangères, au chef de la Police de sûreté et du SD. D’après la conversation, j’ai pu…

{169}

SIR DAVID MAXWELL-FYFE: Un instant, s’il vous plaît. Se présentait-elle déjà sous la forme d’une protestation contre l’exécution de ces prisonniers de guerre ?

{170}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je crois qu’il s’agissait déjà d’une protestation. D’après les bribes de conversation, je pus saisir qu’on examinait comment on pourrait cacher ou déguiser cette exécution récente de prisonniers de guerre.

{171}

SIR DAVID MAXWELL-FYFE: Kaltenbrunner a-t-il discuté de cette question avec Müller et Nebe ?

{172}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Kaltenbrunner discutait cette affaire avec Müller et Nebe, mais comme je ne pouvais saisir que des bribes de conversation, j’ai seulement entendu qu’ils prenaient rendez-vous l’après-midi afin d’étudier la chose en détail.

{173}

SIR DAVID MAXWELL-FYFE: Avez-vous entendu une suggestion quelconque sur les explications à donner pour cacher l’exécution de ces prisonniers de guerre ?

{174}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Oui, Kaltenbrunner lui-même a fait des propositions.

{175}

SIR DAVID MAXWELL-FYFE: Quelles étaient-elles ?

{176}

TÉMOIN SCHELLENBERG: La majeure partie devait être traitée comme des cas isolés ; morts par bombardements, quelques-uns, je crois, pour résistance ou voies de fait et d’autres pour poursuite après évasion.

{177}

SIR DAVID MAXWELL-FYFE: Vous voulez dire qu’ils ont été abattus en essayant de s’évader ?

{178}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Oui, pendant leur fuite.

{179}

SIR DAVID MAXWELL-FYFE: Telles étaient les excuses proposées par Kaltenbrunner ?

{180}

TÉMOIN SCHELLENBERG: C’étaient les excuses suggérées par Kaltenbrunner.

{181}

SIR DAVID MAXWELL-FYFE: Maintenant, je voudrais que vous essayiez de rassembler au mieux tous vos souvenirs sur ces prisonniers. Pouvez-vous vous rappeler le nombre de prisonniers dont on parle et comment ces explications sont nées ?

{182}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je ne me souviens que du chiffre de 50. Ce fut le seul chiffre mentionné maintes fois, mais je ne connais pas de détails, car je n’ai pu saisir que des bribes de cette conversation. Je n’ai pas pu suivre tout l’entretien.

{183}

SIR DAVID MAXWELL-FYFE: Ce nombre de 50 reste dans votre mémoire ?

{184}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Oui, 50, je l’ai bien entendu.

{185}

SIR DAVID MAXWELL-FYFE: Vous souvenez-vous du nom du lieu ou du camp où ces gens avaient été amenés avant d’être fusillés ?

{186}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je ne puis pas le dire sous la foi du serment. J’aurais peur d’y ajouter quelque peu. C’est peut-être à Breslau, mais je ne saurais le dire exactement.

{187}

SIR DAVID MAXWELL-FYFE: Et pouvez-vous vous souvenir de l’armée à laquelle appartenaient ces prisonniers ? Étaient-ce des aviateurs, des soldats ? Vous en souvenez-vous ?

{188}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Je crois simplement qu’il s’agissait d’officiers.

{189}

SIR DAVID MAXWELL-FYFE: D’officiers ?

{190}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Oui.

{191}

SIR DAVID MAXWELL-FYFE: Oui. Mais vous ne vous souvenez pas de l’armée à laquelle ils appartenaient ?

{192}

TÉMOIN SCHELLENBERG: Non, je ne le sais pas.

{193}

SIR DAVID MAXWELL-FYFE: Je suis très reconnaissant au Tribunal de m’avoir permis de poser ces questions.

{194}

COLONEL AMEN: C’est tout pour ce témoin.

{195}

LE PRÉSIDENT: Le témoin peut se retirer.

(Le témoin se retire.)
{196}

COLONEL AMEN: Je voudrais faire comparaître le témoin suivant : Aloïs Höllriegl.

(Le témoin prend place à la barre.)
— —
{197}

LE PRÉSIDENT: Comment vous appelez-vous ?

{198}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Aloïs Höllriegl.

{199}

LE PRÉSIDENT: Voulez-vous prêter serment : « Je jure devant Dieu tout-puissant et omniscient de dire toute la vérité, de ne celer ni ajouter rien. »

(Le témoin répète le serment.)
{200}

LE PRÉSIDENT: Vous pouvez vous asseoir si vous le désirez.

{201}

COLONEL AMEN: Quel poste occupiez-vous à la fin de la guerre ?

{202}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: À la fin de la guerre, j’étais Unterscharführer à Mauthausen.

{203}

COLONEL AMEN: Étiez-vous membre des SS Totenkopf ?

{204}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Oui, en 1939, j’ai été mobilisé dans les SS.

{205}

COLONEL AMEN: Quelles étaient vos fonctions au camp de concentration de Mauthausen ?

{206}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Jusqu’à l’hiver 1942, je suis resté à la compagnie de garde et montais la garde. De 1942 jusqu’à la fin de la guerre, j’ai été détaché au service intérieur du camp de concentration.

{207}

COLONEL AMEN: Donc, vous avez eu l’occasion d’assister à l’extermination des détenus par fusillades, gaz, etc.

{208}

TÉMOIN ALOIS HÖLLRIEGL: Oui, j’ai vu tout cela.

{209}

COLONEL AMEN: Avez-vous fait une déclaration sous serment disant que vous aviez vu Kaltenbrunner dans ce camp ?

{210}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Oui.

{211}

COLONEL AMEN: Et sur le fait qu’il avait vu et connaissait les chambres à gaz ?

{212}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Parfaitement.

{213}

COLONEL AMEN: Avez-vous eu aussi l’occasion de voir d’autres personnages importants visiter ce camp de concentration ?

{214}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Je me souviens de Pohl, Glücks, Kaltenbrunner, Schirach, et du Gauleiter de Styrie, Uiberreither.

{215}

COLONEL AMEN: Avez-vous vu personnellement Schirach dans ce camp de concentration de Mauthausen ?

{216}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Oui.

{217}

COLONEL AMEN: Vous souvenez-vous suffisamment de lui pour pouvoir le reconnaître ?

{218}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Je pense qu’il a dû changer ces derniers temps, mais je le reconnaîtrais très bien.

{219}

COLONEL AMEN: Combien y a-t-il de temps que vous l’avez vu là-bas ?

{220}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: C’était vers la fin de 1942 ; depuis je ne l’ai plus revu.

{221}

COLONEL AMEN: Voulez-vous regarder dans la salle d’audience et essayer de voir si vous le reconnaissez ?

{222}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Oui, je le reconnais. Il est au deuxième rang, le troisième en partant de la gauche.

— —
{223}

COLONEL AMEN: La déposition sous serment que je mentionne constitue la pièce USA-515.

{224}

LE PRÉSIDENT: Quel est le numéro PS ?

{225}

COLONEL AMEN: PS-2753 ? (Au témoin.) Je vais vous montrer maintenant une copie du document PS-2641 et vous demander si vous pouvez reconnaître l’endroit où se trouvent ces individus ?

{226}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Autant qu’on puisse s’en rendre compte à première vue, il s’agit d’une carrière, mais il est difficile de déterminer s’il s’agit de la carrière Wiener-Graben du camp de Mauthausen, la vue est trop petite.

{227}

COLONEL AMEN: Voudriez-vous répéter encore une fois ?

{228}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Certainement. Autant qu’il soit possible de le reconnaître sur cette photo, il est difficile de déterminer s’il s’agit du Wiener-Graben de Mauthausen ; cela pourrait tout aussi bien être une autre carrière, il faudrait que le champ de vision fût plus large. Je crois qu’il y a eu à différentes reprises des visites. Je suppose qu’il s’agit de la carrière de Mauthausen.

{229}

COLONEL AMEN: Bien. Mettez cette photographie de côté pour le moment. Avez-vous eu l’occasion d’observer qu’on massacrât des détenus du camp de concentration en les poussant du haut de la falaise ?

{230}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Oui.

{231}

COLONEL AMEN: Pouvez-vous dire au Tribunal ce que vous avez vu ?

{232}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Oui, je m’en souviens, c’était en 1941. À cette époque j’étais à la compagnie de garde et en service sur le mirador qui limitait la carrière du Wiener-Graben. Je pus voir le matin six ou huit prisonniers amenés par deux SS que je connaissais, l’un était le Hauptscharführer Spatznöcker et l’autre l’Unterscharführer Edenhofer. Ils se sont approchés en faisant des gestes curieux…

{233}

LE PRÉSIDENT: Attendez. Vous allez trop vite. Parlez plus lentement.

{234}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: J’ai vu qu’ils s’approchaient du précipice près de la carrière Wiener-Graben. Du mirador de garde, j’ai vu deux SS qui frappaient les prisonniers et pus remarquer qu’ils voulaient les forcer à se jeter de la falaise ou bien les y pousser. Je remarquai un prisonnier couché par terre qui était piétiné. Les gestes montraient qu’on lui ordonnait de se jeter de la falaise. Le prisonnier le fit bientôt, probablement par désespoir, à la suite de tous les coups qu’il avait déjà reçus.

{235}

COLONEL AMEN: Quelle était la hauteur de cette carrière ?

{236}

TÉMOIN ALOIS HÖLLRIEGL: De 30 à 40 mètres à peu près.

{237}

COLONEL AMEN: Y avait-il un terme utilisé parmi les gardiens dans le camp pour désigner les détenus destinés au précipice ?

{238}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Oui, on les appelait dans le camp les parachutistes.

{239}

COLONEL AMEN: Le témoin est à la disposition du Ministère Public.

{240}

LE PRÉSIDENT: Le Ministère Public anglais ? Le Ministère Public soviétique ? Français ? La Défense ?

{241}

Dr SAUTER (avocat de l’accusé von Schirach):

Témoin Höllriegl, je serais heureux d’être renseigné sur les points suivants. Vous avez dit tout à l’heure qu’en 1939 vous aviez été mobilisé dans les SS ?

{242}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Oui, c’est exact, le 6 septembre.

{243}

Dr SAUTER: Veuillez répéter votre réponse.

{244}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Oui, c’est exact, le 6 septembre 1939, j’ai été mobilisé dans les SS à Ebersberg, près de Linz.

{245}

Dr SAUTER: Vous n’aviez aucune relation avec le Parti auparavant ?

{246}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Si, en avril 1938, je me suis engagé dans les SS civiles, car pendant toute la période qui a précédé le Gouvernement de Schuschnigg je suis resté chômeur et sans moyens d’existence. Je me suis dit : Je vais m’enrôler dans les SS civiles ; là j’aurai du travail et je pourrai me marier.

{247}

Dr SAUTER: Donc, si j’ai bien compris, vous êtes devenu SS en 1939 parce que vous étiez depuis avril 1938 enrôlé dans les SS civiles ?

{248}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Ce n’est pas tout à fait exact. Il y en a beaucoup qui furent mobilisés dans la Wehrmacht, dans la Luftwaffe et dans les Allgemeine SS.

{249}

Dr SAUTER: Vous êtes Autrichien ?

{250}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Oui.

{251}

Dr SAUTER: À ce moment-là, vous habitiez l’Autriche ?

{252}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Oui, à Graz.

{253}

Dr SAUTER: Je voudrais aussi vous demander quelque chose au sujet de l’accusé Schirach. Vous avez vu l’accusé Schirach à Mauthausen. Combien de fois l’avez-vous vu ?

{254}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Je ne m’en souviens pas exactement… Une fois.

{255}

Dr SAUTER: Une fois ?

{256}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Oui.

{257}

Dr SAUTER: Von Schirach était-il seul à Mauthausen ou avec d’autres personnes ?

{258}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Schirach était avec d’autres personnes. Il était dans un groupe d’environ 10 personnes parmi lesquelles je l’ai reconnu avec le Gauleiter Uiberreither.

{259}

Dr SAUTER: Il y avait, paraît-il non pas dix, mais vingt personnes cette fois-là.

{260}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: À cette époque je ne les ai réellement pas comptées ; je ne pensais pas que j’en aurais besoin un jour.

{261}

Dr SAUTER: J’insiste parce que l’accusé von Schirach m’a signalé qu’il s’agissait d’une visite officielle du camp de Mauthausen, à l’occasion d’une réunion des Conseillers économiques des six Gaue de l’Ostmark.

{262}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: J’ignorais naturellement pourquoi il était venu au camp, mais je me souviens bien que dans le groupe se trouvaient Schirach et Bachmeyer, chef d’un camp d’internement. En tout cas, je peux dire que cela avait bien l’aspect d’une visite.

{263}

Dr SAUTER: Avez-vous su que cette visite avait été annoncée dans le camp quelques jours auparavant, et avez-vous eu connaissance de certains préparatifs en vue de cette visite ?

{264}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Non, je ne me souviens d’aucun préparatif spécial. Ce que je sais exactement, c’est que c’était dans la soirée, je ne sais plus très bien à quelle heure ; on faisait justement l’appel du soir, les prisonniers étaient alignés et toutes les troupes de garde avaient également dû former les rangs ; c’est à ce moment-là que le groupe est entré dans le camp.

{265}

Dr SAUTER: Vous-même, vous n’en saviez rien la veille ? Vous ou vos camarades, vous ignoriez qu’il y aurait une visite le lendemain ?

{266}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Je ne me souviens de rien à ce propos.

{267}

Dr SAUTER: Et vous n’avez pas été frappé par certains préparatifs dans le camp, par des préparatifs très précis ?

{268}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Je ne me souviens d’aucun préparatif.

{269}

Dr SAUTER: Je n’ai pas d’autres questions à poser au témoin.

{270}

Dr GUSTAV STEINBAUER (avocat de l’accusé Seyss-Inquart): Témoin, vous avez décrit un événement qui, d’après les conceptions des peuples civilisés, ne peut être qualifié que d’assassinat. Je veux parler du fait de précipiter des détenus du haut d’une carrière. Avez-vous fait part de cet événement à vos supérieurs ?

{271}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Ces événements étaient fréquents, et on peut affirmer avec cent pour cent de certitude que nos supérieurs étaient au courant de ces faits.

{272}

Dr GUSTAV STEINBAUER: En d’autres termes, vous n’en avez pas rendu compte. Est-il exact que, sous peine de mort, non seulement les détenus, mais aussi les hommes de garde avaient l’interdiction de parler de ces événements à une tierce personne ?

{273}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Oui.

{274}

Dr STEINBAUER: Je n’ai pas d’autre question à poser.

{275}

COLONEL AMEN: Voulez-vous regarder à nouveau cette photographie.

{276}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Oui.

{277}

COLONEL AMEN: Pouvez-vous la regarder attentivement et me dire si c’est la carrière située au pied de la falaise que vous venez de décrire ?

{278}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Oui. D’après ce que je peux voir sur la photographie, je puis admettre avec certitude que c’est la carrière du Wiener-Graben. Mais il me faudrait voir cependant l’arrière-plan pour décider si c’est vraiment cette carrière. On voit trop peu, mais je suis à peu près sûr…

{279}

COLONEL AMEN: Reconnaissez-vous les personnes dont vous voyez les visages sur cette photographie ?

{280}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Oui.

{281}

COLONEL AMEN: Pouvez-vous indiquer au Tribunal les noms de ceux que vous reconnaissez.

{282}

TÉMOIN ALOÏS HÖLLRIEGL: Je reconnais d’abord naturellement le Reichsführer SS Himmler ; à côté de lui, Ziereis, commandant du camp de concentration de Mauthausen et, tout à fait à droite, je reconnais Kaltenbrunner.

{283}

COLONEL AMEN: Monsieur le Président, c’est tout.

{284}

LE PRÉSIDENT: Le témoin peut se retirer ; l’audience est suspendue pendant dix minutes.

(L’audience est suspendue.)
{285}

COLONEL STOREY: Plaise au Tribunal. Le dernier exposé concernant les organisations criminelles porte sur l’État-Major général et le Haut Commandement. Il sera présenté par le colonel Taylor.

{286}

COLONEL TAYLOR: Plaise au Tribunal. L’Acte d’accusation demande que six groupes et organisations soient déclarés criminels, aux termes des articles 9, 10 et 11 du Statut, et le dernier de l’énumération est un groupe formé de l’État-Major général et du Haut Commandement des Forces armées allemandes.

Au premier abord, les six groupes et organisations semblent assez différents les uns des autres, tant par leur composition que par leurs fonctions. Mais ils sont tous apparentés et nous voyons qu’il est logique qu’ils soient accusés ensemble devant ce Tribunal, car ce sont les organismes essentiels et les instruments principaux qui ont été utilisés par les nazis pour atteindre leurs buts. Tous les six furent établis ou contrôlés par les nazis ou s’allièrent au nazisme et devinrent une condition du succès nazi. Ils furent dès l’origine les instruments principaux et indispensables : le Parti, le Gouvernement, la Police et l’Armée. Je suis chargé de cet exposé sur l’État-Major général et le Haut Commandement.

À un certain point de vue, ce groupement doit être distingué essentiellement des autres groupes et organisations contre lesquels nous avons dressé cette accusation. Par exemple, le Corps des dirigeants du parti nazi, NSDAP, constitue le groupe directeur du Parti qui était en lui-même l’incarnation du nazisme et l’instrument par lequel l’hitlérisme établit son pouvoir et sa domination en Allemagne. Les SA et SS étaient des ramifications certainement très importantes du parti nazi. La Police allemande, de fait, avait des racines et des éléments antérieurs à l’hitlérisme ; mais cette Police devint dans la proportion de 99 % un instrument du Parti et des SS. De par sa structure, le Cabinet du Reich était essentiellement un comité ou une série de comités de ministres du Reich ; quand les nazis parvinrent au pouvoir, les postes ministériels furent naturellement occupés pour la plupart par des nazis. Tous les autres groupes ou organisations doivent, par conséquent, leur origine et leur développement au nazisme ou bien ils se « nazifièrent » automatiquement quand Hitler prit le pouvoir.

Ce n’est pas exact pour le groupe qui nous intéresse en ce moment. Il n’est pas nécessaire de rappeler au Tribunal que l’Armée allemande et la tradition militaire allemande précédèrent l’hitlérisme de nombreuses décades. Il n’est pas indispensable d’être un vieillard pour avoir des souvenirs personnels très vifs sur la guerre de 1914-1918, du Kaiser et du « chiffon de papier ». Pour cette raison, avant de présenter les preuves, je désire esquisser très rapidement la nature de notre accusation contre ce groupe qui est seul doté des particularités que je viens de mentionner.

À la suite de la défaite allemande de 1918 et du Traité de Versailles, la force et les effectifs autorisés pour les Forces armées allemandes furent très restreints. Les dernières années ont prouvé que ces restrictions ne détruisirent ni même ne sapèrent sérieusement le militarisme allemand. Le plein épanouissement de la force militaire allemande fut le résultat d’une collaboration entre les nazis d’une part et les cadres de carrière des Forces armées allemandes d’autre part : les soldats, les marins et les aviateurs de carrière.

Quand Hitler prit le pouvoir, il ne trouva pas le vide total dans le domaine des affaires militaires, mais une petite Reichswehr et un corps d’officiers de carrière, animés d’un esprit et d’une tradition, imbus de l’histoire militaire allemande. Les chefs de ces officiers de carrière constituent le groupe désigné dans l’Acte d’accusation, l’État-Major général et le Haut Commandement des Forces armées allemandes. Nous allons étudier plus spécialement ce groupe dans cette partie de l’accusation.

Le Ministère Public, inutile de le dire, ne considère pas comme un crime d’être soldat ou marin et de servir son pays en tant que soldat ou marin en cas de guerre. La carrière des armes est une carrière honorable qui peut être exercée honorablement. Mais il est évidemment indiscutable qu’un homme qui commet des crimes puisse arguer pour sa défense qu’il les a commis en uniforme.

Il n’est pas dans la nature des choses, et ce n’est d’ailleurs pas l’opinion du Ministère Public, que tous les membres de ce groupe aient été des hommes dangereux et qu’ils soient tous également coupables, mais nous montrerons que ce groupe a non seulement collaboré avec Hitler et soutenu les buts essentiels des nazis, mais encore fourni un élément essentiel, primordial pour le succès du Parti en Allemagne, c’est-à-dire la connaissance et l’expérience du développement et de l’utilisation de la puissance armée.

Pourquoi ce groupe a-t-il donné son aide à Hitler et aux nazis ? Je pense que le Tribunal verra, au fur et à mesure de la présentation des preuves, que la réponse est très simple. C’est qu’ils étaient d’accord sur les objectifs principaux de l’hitlérisme et du nazisme et que Hitler donna aux généraux la possibilité de jouer un rôle primordial dans la poursuite de ces objectifs. Les généraux voulaient, comme Hitler, agrandir l’Allemagne aux dépens des pays voisins et ils étaient prêts à le faire, si c’était nécessaire, par la force ou la menace. La violence et la force armée étaient la clé de voûte de cette arche, le moyen sans lequel rien n’eût été possible.

Une fois qu’ils eurent atteint le pouvoir et qu’ils l’eurent bien en mains, les nazis eurent deux possibilités : ou bien collaborer avec l’armée allemande connue sous le nom de Reichswehr et la développer, ou bien ignorer cette Reichswehr et constituer une armée distincte et bien à eux. Les généraux craignaient que le nazisme ne choisît la deuxième possibilité et ils étaient par conséquent d’autant plus prêts à collaborer. En outre, les nazis offrirent aux généraux la possibilité d’atteindre nombre des buts qu’ils désiraient voir se réaliser, en développant l’armée et en élargissant les frontières allemandes. C’est ainsi, comme nous le démontrerons, que les généraux montèrent sur le char des nazis. Ils voyaient qu’il marchait alors dans leur voie. Sans aucun doute, ils pensaient pouvoir en prendre plus tard la direction eux-mêmes. En fait, nous le montrerons, ce furent en définitive les généraux qui se trouvèrent entraînés par les nazis.

En un mot, Hitler attira les généraux par des espoirs de conquête et réussit à les évincer politiquement ; au cours de la guerre, ils devinrent ses instruments. Mais si ces chefs militaires devinrent les instruments du nazisme, on ne peut pas croire qu’ils étaient inconscients ou qu’ils n’ont pas participé sans réserve à beaucoup des crimes signalés au Tribunal. La bonne volonté – et même l’ardeur – des officiers de carrière allemands à devenir des associés du nazisme seront amplement démontrées.

Monsieur le Président, cet exposé comprendra trois parties essentielles : tout d’abord une description de la composition et du fonctionnement de l’organisation de l’État-Major et du Haut Commandement telle qu’elle est définie dans l’Acte d’accusation ; puis les preuves des charges prévues par les chefs d’accusation I et II, enfin, les charges stipulées aux chefs d’accusation III et IV.

Les membres du Tribunal doivent avoir devant eux trois livres de documents qui ont la désignation CC. Le premier de ces livres contient une série de déclarations sous serment, – ou affidavits – qui ont été mises à la disposition du Tribunal en anglais, en russe et en français, et à la disposition des accusés en allemand. Les deuxième et troisième livres sont du type ordinaire des livres de documents, simplement séparés pour en faciliter le maniement. Le deuxième livre contient les documents des séries C et L, et le troisième les documents des séries PS et R. Pour faciliter la tâche du Tribunal, nous lui avons remis la liste des documents dans l’ordre où ils seront mentionnés.

Le Tribunal doit également avoir un document ronéotypé intitulé « Informations fondamentales sur l’organisation de l’Armée allemande ». Ce document lui a été également remis en anglais, en russe et en français, il a été fourni en allemand au Centre d’information de la Défense.

Je m’occuperai tout d’abord de la description du groupe tel qu’il a été défini dans l’Acte d’accusation.

Pendant la première guerre mondiale, il y avait dans l’Armée allemande une organisation connue sous le nom de Grand État-Major général. Ce nom d’État-Major général allemand ou Grand État-Major général est resté dans l’esprit des gens, mais en fait le Grosse Generalstab n’existait plus. Il n’y avait plus d’organisation unifiée, d’État-Major général allemand, depuis 1918 ; il y avait naturellement un groupe d’hommes responsables de la ligne de conduite et des activités de l’Armée allemande et le fait que ces hommes n’aient pas eu de nom collectif unique ne nous empêchera pas de les réunir. Ils ne sauraient échapper aux conséquences de leurs actes collectifs du fait qu’ils étaient unis officieusement et non officiellement. L’essence d’un État-Major ou d’un Haut Commandement ne réside pas dans le nom qu’on lui donne mais dans les fonctions qu’il remplit ; et les hommes compris dans ce groupe, tel que nous l’avons défini dans l’Acte d’accusation, constituent certainement un groupe lié par une responsabilité commune, groupe d’officiers ayant de Hitler l’autorité principale et la responsabilité des plans et des opérations des Forces armées allemandes.

Examinons tout d’abord la structure et l’organisation générales des Forces armées allemandes et considérons ensuite la composition du groupe désigné dans l’Acte d’accusation. Comme je viens de le dire, nous avons préparé un bref exposé écrit, déjà remis au Tribunal, de l’organisation des Forces armées allemandes. Cet exposé contient une courte esquisse du développement du Commandement suprême des Forces armées allemandes depuis 1933 et de sa structure telle qu’elle se dessina après sa réorganisation en 1938. Il contient également un schéma assez simple qui sera exposé d’ici quelques instants sur le mur de la salle d’audience. Il contient aussi un glossaire succinct des expressions militaires allemandes et une table comparative des grades de l’Armée allemande et des SS, qui indique les grades équivalents de l’Armée américaine et la correspondance des grades des Marines anglaise et allemande. Les grades de l’Armée de terre et de la Marine diffèrent légèrement entre les principales nations, mais dans l’ensemble on retrouve la même terminologie et la même organisation.

Quand les nazis prirent le pouvoir, en 1933, les Forces armées allemandes étaient sous la direction du ministre de la Défense du Reich qui était, à l’époque, le Feldmarschall Werner von Blomberg. Sous les ordres de von Blomberg se trouvaient les chefs de l’État-Major de l’Armée de terre, à l’époque von Fritsch, et de l’État-Major de la Marine l’accusé Raeder. Étant donné les restrictions imposées à l’Allemagne par le Traité de Versailles, l’Aviation allemande n’avait pas d’existence officielle à l’époque. Les états-majors de l’Armée de terre et de la Marine reçurent le nom de Haut Commandement – Oberkommando des Heeres et Oberkommando der Kriegsmarine – d’où viennent les initiales sous lesquelles on les désigne généralement, OKH et OKM.

En mai 1935, à l’époque où le service militaire obligatoire fut introduit en Allemagne, il y eut un changement dans les titres de ces services, mais la structure resta essentiellement la même. Le Feldmarschall von Blomberg garda le commandement suprême des Forces armées avec le titre de ministre de la Guerre du Reich et Commandant en chef des Forces armées. Von Fritsch prit le titre de Commandant en chef de l’Armée de terre et Raeder celui de Commandant en chef de la Marine.

L’Aviation allemande prit une existence officielle et publique vers la même époque, mais elle ne dépendait pas de von Blomberg ; c’était un organisme indépendant sous le commandement personnel de l’accusé Göring, qui portait le double titre de ministre de l’Air et de Commandant en chef de l’Aviation.

Je demanderai maintenant que l’on déroule le schéma. Ce schéma, Messieurs, a été certifié conforme sous la foi du serment par trois généraux allemands et je produirai dans quelques instants leurs affidavits. Il montre toute l’organisation des Forces armées telle qu’elle ressortait en 1938 après la réorganisation dont je vais vous parler.

En février 1938, von Blomberg et von Fritsch se virent tous deux privés de leur poste et le ministère de Blomberg, le ministère de la Guerre, fut réorganisé. Il y avait au ministère de la Guerre une section, ou département, appelée Wehrmachtsamt, ou direction des Forces armées, dont la fonction consistait à coordonner les plans et opérations de l’Armée et de la Marine. À partir de cette direction des Forces armées, on constitua une nouvelle autorité générale coiffant toutes les Forces armées sous le nom de Haut Commandement des Forces armées allemandes – c’est la case au centre du schéma, juste au-dessous de Hitler – en allemand Oberkommando der Wehrmacht, plus généralement connu par ses initiales OKW.

Comme l’Aviation, au même titre que l’Armée, était subordonnée à l’OKW, la coordination de toutes les questions militaires était remise aux soins de l’OKW qui était en fait l’État-Major personnel de Hitler en cette matière. L’accusé Keitel fut nommé chef de l’OKW. La division la plus importante de l’OKW, que vous voyez juste à droite, était l’État-Major d’opérations, dont l’accusé Jodl devint le chef.

Cette réorganisation et la création de l’OKW sont exposées dans un décret de Hitler du 4 février 1938. Ce décret a paru dans le Reichsgesetzblatt et j’invite le Tribunal à en prendre acte : PS-1915. Des copies sont à la disposition du Tribunal ; j’aimerais lire ce décret, qui est très court, pour qu’il figure au procès-verbal de ces débats. Je cite :

« Dorénavant, j’assumerai directement et personnellement le commandement de l’ensemble des Forces armées. »

{287}

LE PRÉSIDENT: Où pouvons-nous le trouver ?

<

« L’autorité suprême et la responsabilité des affaires militaires en Allemagne étaient confiées au chef de l’État : avant le 2 août 1934, au maréchal von Hindenburg, et depuis cette date jusqu’en 1945, Adolf Hitler.

« Les questions militaires spéciales étaient placées sous la responsabilité des trois parties des Forces armées, autrement dit l’Armée de terre, la Marine et l’Aviation, subordonnées au Commandant en chef des Forces armées, qui était en même temps chef de l’État. En fait, le contrôle dans ce domaine était exercé par un groupe relativement restreint d’officiers de haut rang. Ces officiers pouvaient exercer cette activité de direction en raison de leurs connaissances militaires, étant donné leur formation, leur position et leurs rapports réciproques. Les plans des opérations militaires des Forces armées allemandes étaient préparés en accord avec les instructions de l’OKW par ce groupe de techniciens, au nom de leurs chefs respectifs, puis ils étaient soumis au Commandant en chef des Forces armées, en même temps chef de l’État.

« Les membres de ce groupe avaient pour mission de préparer les opérations militaires dans le cadre de leur compétence et ils préparaient en fait toutes les opérations qui devaient être entreprises par les troupes.

« Avant une opération, les membres du groupe spécialement intéressés pouvaient être appelés par le chef de l’État qui leur donnait les directives appropriées. On voit des exemples de telles réunions dans le discours de Hitler aux Commandants en chef, le 22 août 1939, avant la campagne de Pologne, et dans la conférence tenue à la Chancellerie du Reich le 14 juin 1941, avant la première campagne de Russie.

« La composition de ce groupe et les relations existant entre ses membres sont indiquées dans le schéma ci-joint. C’est entre les mains de ceux qui détenaient les postes figurant sur le schéma que se trouvait la direction effective des Forces armées.

« Signé : von Brauchitsch. »

Le Tribunal se rendra compte, d’après ces dépositions, que le schéma placé devant lui et figurant dans ce bref rapport a été mis sous les yeux de von Brauchitsch et de Halder et que ces deux officiers ont confirmé sous serment que c’était une image fidèle de l’organisation dirigeante des Forces armées allemandes. Ces dépositions de von Brauchitsch et de Halder confirment également l’affirmation du Ministère Public selon laquelle les titulaires des postes indiqués sur ce schéma constituent le groupe qui avait la responsabilité essentielle des plans militaires et de leur exécution.

Je désirerais maintenant présenter un autre témoignage sous serment de Halder qui porte sur quelques questions de détail que j’ai indiquées dans ma description de ce groupe ; il est très bref. Je lirai intégralement, afin qu’il figure au procès-verbal, cet affidavit nº 6, document PS-3704, que je dépose sous le nº USA-533.

« Le service le plus important de l’OKW était l’État-Major d’opérations comme l’État-Major général dans l’Armée de terre et dans l’Aviation et la Direction de la guerre navale dans la Marine. Une série de chefs de service de même rang que Jodl étaient subordonnés à Keitel. Mais eux-mêmes et leurs services étaient moins importants et moins influents dans la préparation et l’exécution des affaires militaires que ne l’étaient Jodl et son État-Major.

« L’État-Major d’opérations de l’OKW était divisé en sections dont la plus importante était celle que dirigeait Warlimont. Elle était appelée “Section de Défense nationale” et était essentiellement chargée de traiter les questions stratégiques. À partir de 1941, Warlimont, bien que conservant les mêmes fonctions, fut nommé chef adjoint de l’État-Major d’opérations de l’OKW.

« Il n’y eut pendant la deuxième guerre mondiale aucun État-Major général unifié, tel que le grand État-Major général pendant la première guerre mondiale.

« Les questions d’opérations de l’Armée de terre et de l’Aviation étaient étudiées par le groupe d’officiers supérieurs que j’ai décrit dans ma déposition du 7 novembre. (Dans l’Armée de terre : État-Major général de l’Armée ; dans l’Aviation : État-Major général de l’Aviation.)

« Les questions relatives aux opérations menées par la Marine n’ont jamais, même pendant la première guerre mondiale, été étudiées par le “grand État-Major général”, mais par la Direction de la Marine.

« Signé : Halder. »

Le Tribunal remarquera que cette déposition sous serment concerne avant tout les fonctions des états-majors des quatre commandements, OKW, OKL, OKH et OKM, et justifie pleinement le rattachement au groupe des chefs d’état-major des quatre parties de l’Armée, de même que celle de Warlimont, en tant que chef adjoint de l’État-Major d’opérations de l’OKW, en raison de sa responsabilité dans l’élaboration des plans stratégiques.

Je vais encore présenter une autre déposition très brève concernant une question de détail. Le Tribunal se souvient que la plus grande formation de combat de l’Aviation allemande était connue sous le nom de flotte aérienne ou Luftflotte et que tous les Commandants en chef de flottes aériennes sont compris dans ce groupe. C’est la case qui se trouve au coin inférieur droit du schéma. Les Commandants de flottes aériennes avaient toujours rang d’Oberbefehlshaber, mais ils ne portaient pas officiellement cette désignation avant 1944. Ces faits sont mis en lumière dans la déposition sous serment du fils de maréchal von Brauchitsch. Son fils avait le grade d’Oberst, ou colonel, dans l’Aviation allemande et était aide de camp de l’accusé Göring en sa qualité de Commandant en chef de l’Aviation. Son témoignage porte le nº 9, c’est le document PS-3705 (USA-534). Il s’exprime ainsi :

« Les chefs de la Luftflotte doivent être assimilés aux Oberbefehlshaber dans l’Armée. Pendant la guerre, ces officiers n’avaient pas d’autorité territoriale et en conséquence n’exerçaient aucun pouvoir exécutif territorial.

« Ils étaient Commandants suprêmes des unités de l’Aviation qui leur étaient subordonnées et étaient directement sous les ordres du Commandant en chef de l’Aviation.

« Jusqu’à l’été de 1944, ils étaient désignés sous le nom de Befehlshaber. À partir de ce moment, ils reçurent le titre de Oberbefehlshaber. Ce changement de désignation n’entraîna aucun changement dans les fonctions et responsabilités qu’ils assumaient auparavant. »

Monsieur le Président, voilà qui termine la description de la composition du groupe et de ses éléments. Le Tribunal m’a remis deux requêtes qui lui ont été adressées par l’avocat de ce groupe et il me semble qu’il serait peut-être bon de répondre à ces demandes puisqu’elles portent sur la composition du groupe. Ces lettres m’ont été transmises il y a deux jours.

La première, du Hofrat Düllmann, me demande si le groupe, tel qu’il est défini dans l’Acte d’accusation, comprend des officiers d’un grade déterminé, tels que Feldmarschall ou Generaloberst.

La réponse est nettement négative. Comme il a été indiqué, le critère pour déterminer l’appartenance au groupe est le fait que quelqu’un ait détenu l’un des postes désignés dans le schéma ; toute personne qui a détenu un de ces postes fait partie du groupe, quel que soit son rang. Le grade n’est pas un critère. En fait, je crois que tous les membres du groupe avaient au moins le grade de général de l’Armée allemande, ce qui équivaut au grade de lieutenant-général de l’Armée américaine.

Il m’a aussi demandé si le groupe comprenait des officiers de ce qu’on appelait « le corps de l’État-Major général » ; ma réponse est non. Il y avait dans l’Armée allemande une académie militaire, et les diplômes de cette académie se trouvaient dans la section connue sous le nom de corps d’État-Major. Ils signaient par exemple « colonel à l’État-Major général ». Ils servaient généralement d’adjoints et d’aides de camp aux officiers d’État-Major. Je pense qu’il y en avait quelques milliers – deux ou trois mille – mais ils ne sont pas compris dans le groupe. C’étaient, pour la plupart, des officiers subalternes et il n’y a aucune raison pour les inclure dans le groupe tel qu’il est défini.

L’autre requête provient du Dr Exner, qui signale que le sens du mot « Oberbefehlshaber » prête à confusion et que ce mot, à son avis, désigne à la fois les Commandants en chef sur le théâtre des opérations, les Commandants en chef de groupes d’armées et les Commandants en chef d’armées. C’est tout à fait exact et ce sont là les postes indiqués dans le schéma.

Nous allons maintenant consacrer quelques minutes à examiner la façon dont fonctionnait ce groupe. À bien des égards, les chefs militaires allemands travaillaient à peu près de la même façon que dans les organisations militaires des autres grandes nations. Les plans généraux étaient élaborés par les officiers d’État-Major supérieurs et leurs adjoints, en collaboration avec les généraux et amiraux chargés de l’exécution des plans. C’était à l’échelon suprême, inutile de le dire, qu’on décidait des campagnes à entreprendre, et le fait de prendre une telle décision peut poser des problèmes politiques et diplomatiques, aussi bien que des problèmes purement militaires. Quand, par exemple, on prit la décision d’attaquer la Pologne, les officiers du grand État-Major de Berlin et leurs adjoints élaborèrent des plans militaires pour la campagne. Ces plans généraux furent transmis aux commandants de groupes d’armées et aux commandants d’armées, qui avaient la responsabilité de ladite campagne. Enfin, des consultations eurent lieu entre le Haut Commandement en campagne et les officiers d’État-Major de l’OKW et de l’OKH, afin de revoir et de perfectionner les plans dans le détail.

La façon dont ce groupe fonctionnait, car il entretenait des échanges d’idées entre les plus hauts officiers d’État-Major de l’OKW et de l’OKH d’une part, et les principaux commandants en campagne d’autre part, est décrite dans deux dépositions écrites du maréchal von Brauchitsch. C’est l’affidavit nº 4, document PS-3706 (USA-535). J’attire l’attention du Tribunal sur cette déposition que je lis, afin qu’elle figure au procès-verbal des débats ; cette déclaration du 7 novembre 1945 est la suivante :

« En avril 1939, je reçus des instructions de Hitler pour commencer les préparatifs militaires en vue d’une campagne possible contre la Pologne. Ce travail fut immédiatement entrepris afin d’élaborer un plan d’opérations et de mouvements de troupes. Ce plan fut alors présenté à Hitler, approuvé par lui, et légèrement amélioré par une modification qu’il indiqua. Après que les ordres d’opérations et de mouvements de troupes eurent été transmis aux deux commandants de groupes d’armées, et aux cinq commandants d’armées, des conférences eurent lieu avec eux pour fixer les détails, afin de connaître leurs désirs et leurs suggestions.

« Après le déclenchement de la guerre, j’adoptai comme ligne de conduite de rester en contacts étroits et constants avec les Commandants en chef de groupes d’armées et les commandants d’armées, en me rendant personnellement à leur Quartier Général, ou en communiquant avec eux par téléphone, télétype ou TSF. De cette façon, il m’était possible de connaître leur avis sur la conduite des opérations militaires. En fait, c’était la ligne de conduite traditionnelle et la politique habituelle du Commandant en chef de l’Armée de consulter ses subordonnés et de maintenir un échange constant d’idées avec eux.

« Le Commandant en chef de l’Armée de terre et son chef d’État-Major communiquaient avec les groupes d’armées et avec les armées directement ou par l’intermédiaire des groupes d’armées ; ils communiquaient par l’intermédiaire des groupes d’armées en ce qui concernait les questions de stratégie et de tactique ; et de façon directe pour les questions concernant les fournitures et l’administration des territoires conquis et occupés par ces armées. Un groupe d’armées n’avait pas de juridiction territoriale et avait un état-major relativement restreint, qui s’occupait uniquement des opérations militaires. Dans toutes les questions territoriales, c’était le Commandant en chef d’armée et non pas du groupe d’armées qui exerçait la pleine juridiction.

« Signé : von Brauchitsch. »

Suit un « Supplément à ma déclaration du 7 novembre 1945 » :

« Quand Hitler avait pris la décision d’appuyer la réalisation de ses objectifs politiques par une pression militaire ou par l’utilisation de forces militaires, le Commandant en chef de l’Armée de terre, s’il participait à l’opération, recevait généralement tout d’abord un message oral d’information ou un ordre approprié. Les plans d’opérations et de mouvements de troupes étaient ensuite élaborés à l’OKH. Lorsque ces plans avaient été présentés à Hitler, généralement de façon verbale, et avaient reçu son approbation, un ordre écrit de l’OKW parvenait aux différentes armes des Forces armées. Entre temps, l’OKH commençait à transmettre les plans d’opérations et de mouvements de troupes aux groupes d’armées et armées intéressés.

« Le détail des plans d’opérations et de mouvements de troupes était discuté par l’OKH, avec les Commandants en chef des groupes d’armées et les commandants d’armées, et avec leurs chefs d’états-majors. Pendant ces opérations, l’OKH maintenait un échange de vues constant avec les groupes d’armées, au moyen du téléphone, de la radio et de courriers. Le Commandant en chef de l’Armée de terre saisissait chaque occasion de maintenir un échange personnel d’idées avec les commandants de groupes d’armées et avec des officiers de troupe, au moyen de visites personnelles.

« Dans la guerre contre la Russie, les commandants des groupes d’armées et les commandants d’armées furent individuellement et de façon réitérée, appelés en consultation par Hitler.

« Les ordres concernant toutes les questions d’opérations militaires allaient de l’OKH aux groupes d’armées, et ceux portant sur toutes les questions relatives aux fournitures et au pouvoir juridictionnel, directement de l’OKH aux armées.

« Signé : von Brauchitsch. »

Les Oberbefehlshaber en campagne – et dans les cas de l’Armée de terre cela signifie les Commandants en chef des groupes d’armées et les commandants d’armées – participaient donc à l’élaboration des plans et en dirigeaient l’exécution, ainsi que le montrent ces dépositions. Les Oberbefehlshaber étaient aussi les dépositaires du pouvoir exécutif dans les zones d’opérations des groupes d’armées et des armées. À cet égard, j’attire l’attention du Tribunal sur le document PS-447, qui a déjà été déposé comme preuve sous le nº USA-135. C’est une directive du 13 mars 1941, signée par Keitel et provenant du Haut Commandement des Forces armées. Elle contient diverses dépositions en vue des opérations imminentes contre l’Union Soviétique qui commencèrent en fait quelques mois plus tard, le 22 juin.

Les documents, Monsieur le Président, sont classés par ordre numérique dans les livres de documents 2 et 3. Le livre de documents 2 contient les documents C et L et le livre de documents 3 les PS. Ce document, PS-447, se trouve dans ce troisième livre. Dans ce document, au paragraphe I, intitulé « Zones d’opérations et pouvoir exécutif », le Tribunal trouvera le sous-paragraphe 1 dans lequel on peut lire ce qui suit (page 1 de la traduction, paragraphe 2) :

« On n’envisage pas de déclarer la Prusse Orientale ni le Gouvernement Général, zones d’occupations. Cependant, en accord avec les ordres du Führer, des 19 et 21 octobre 1939, qui n’ont pas été diffusés, le Commandant en chef de l’Armée de terre sera autorisé à prendre toutes mesures nécessaires pour l’exécution de ses tâches militaires et pour la sauvegarde de ses troupes. Il peut transférer son autorité aux Commandants en chef » – dans le texte original allemand : Oberbefehlshaber – « des groupes d’armées et des armées. Des ordres de cette nature auront priorité sur tous les ordres et obligations provenant d’organismes civils. »

Le Tribunal se rendra ainsi compte que ce pouvoir exécutif primait toute autorité civile et qu’il était entre les mains du Commandant en chef de l’Armée, qui pouvait le transférer aux Commandants en chef de groupes d’armées et d’armées, tous membres du groupe tel qu’il est défini dans l’Acte d’accusation.

Plus loin, sous-paragraphe 2 (a), quatrième paragraphe de la page 1, le document dit :

« La zone d’opérations créée par l’avance de l’Armée au-delà des frontières du Reich et dans les pays voisins, doit être limitée en profondeur autant que possible. Le Commandant en chef de l’Armée de terre a le droit d’exercer le pouvoir exécutif dans cette zone et la faculté de transférer cette autorité aux Commandants en chef – Oberbefehlshaber – des groupes d’armées et des armées. »

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LE PRÉSIDENT: Il est temps de lever l’audience.

(L’audience est suspendue jusqu’à 14 heures.)